Je vous parle d’un temps que je n’ai pas connu et d’une histoire inscrite dans la légende de la Communauté des bois.

En ces temps là, Félicité Jolie régnait sans partage. Jusqu’à ce que surgisse un matou campagnard qui voulut à toute force s’emparer de son royaume. De toutes évidences jamais domestiqué, ce farouche mastard commença par se tapir dans le jardin du matin au soir, puis passa aux escarmouches et enfin à la guerre. Félicité fut sauvagement attaquée. Elle eut beau se défendre avec vaillance, elle fut férocement mordue, blessée à maintes reprises. Non content de fracasser Félicité, ce voyou volait la nourriture et dévorait goulûment tout ce que l’on présentait à son insatiable appétit. ;-(

Puis l’escogriffe s’introduisit dans la maison, compissa abondamment les lieux et, peu à peu, une fois sa suprématie établie, s’amadoua, consentit à quelques petites caresses sur la tête mais jamais ne ronronna. Et il réclama très vite les mets les plus exquis, raffolant du poisson vapeur. Il confessa alors s’appeler Charlie. On décida de l’adopter. Il y gagna un tatouage dans l’oreille, avec une inscription dans le grand livre officiel des chats, obtint un passeport.

Le bestiau restait néanmoins un intermittent, surgissant quand bon lui semblait et repartant on ne sait où, continuant à mener la libre vie du chat sans entraves.

Quand, un beau jour, il se présenta… avec un collier autour du cou. A la maison des bois, tout le monde tomba de l’armoire. Un collier ? Un symbole d’allégeance et de domesticité sur cet indompté greffier ? 8-O

A l’issue de divers échanges de missives attachées au fameux collier et de conciliabules téléphoniques entre zumains, voici ce qu’il fut alors établi :

  • ce sacré Charlie s’appelait en réalité Robert, en hommage à un célèbre acteur américain aux beaux yeux bleus
  • ce malheureux SDF avait sa maison, la maison des Eglantines, à quelques encablures de la maison des bois, dotée de tout le confort requis par un félin, avec un jardin, une cheminée, des coussins
  • cette brute sanguinaire avait été un tout petit bébé chaton, élevé au biberon par des zumains attentionnés
  • ce bel indifférent était avec ses zumains un chat gâteau, adorant les câlins et ronronnant à qui mieux mieux
  • cet adorateur du poisson vapeur le détestait chez lui où il ne dégustait que la pâtée la plus fine

Depuis que sa double vie et que sa double personnalité ont été percées à jour, Charlie-Robert se fait plus discret à la maison des bois. Mais il vient quand même de temps en temps quémander du colin et se faire admirer. Sans doute a-t-il conquis une troisième demeure, où il exige probablement pour ses agapes du poulet fermier sur une soucoupe en porcelaine.